L’impact de la course sur l’état de vos genoux

Bien cibler les facteurs de risque afin de freiner l'arthrose du genou. 

Qu’on soit un nouvel adepte de l’activité physique ou un sportif aguerri, la plupart d’entre nous allons ressentir ou avons déjà ressenti une douleur au genou. La question que l’on peut se poser est la suivante: est-ce le signe d’un début d’arthrose du genou?

L’arthrose compte parmi les maladies chroniques les plus importantes et les plus incapacitantes au Canada et elle sollicite beaucoup les services de santé. Elle affecte d’ailleurs un Canadien sur dix. Parmi ceux-ci, 40 % des cas d’arthrose sont reliés aux articulations de la hanche ou du genou.

Pour qu’un genou fonctionne bien, la surface des os qui forment l’articulation est recouverte de cartilage; un tissu élastique qui permet un mouvement fluide entre les os tout en agissant comme un amortisseur lorsque le genou doit supporter le poids du corps. L’arthrose consiste en une dégradation irréversible de ce cartilage qui devient alors de plus en plus mince et irrégulier, ce qui engendre une friction progressive des os les uns contre les autres. Ainsi, l’arthrose au genou peut toucher les surfaces entre le fémur et le tibia ou encore entre le fémur et la rotule (pour plus de détails sur l'anatomie et la fonction du genou, voir la capsule Vol. 2 – no. 01 – 4 janvier 2010).

Les symptômes les plus couramment rapportés et ressentis par les patients souffrant d’arthrose au genou sont les suivants :

  • Inconfort au genou à la suite de changement de température (par exemple, à l’automne ou au printemps lorsque la température est particulièrement humide);
  • Raideur articulaire le matin ou après une période d’immobilité qui diminue au bout de quelques minutes de mouvement (habituellement moins de 30 minutes);
  • Présence de crépitement/craquement au genou lors de la flexion;
  • Perte progressive de la flexibilité au genou;
  • Sensibilité au toucher ou lorsqu'une pression légère est exercée;
  • Douleur se manifestant en mouvement lorsque le genou est mis en charge et qui est soulagée par le repos;
  • Douleur affectant parfois le sommeil.

Les causes de cette « usure » du cartilage sont multifactorielles, impliquant à la fois des facteurs biologiques, mécaniques et structurels. Certains facteurs de risque sont non modifiables, tels que la prédisposition héréditaire (historique d’arthrose dans la famille), l’âge (plus de 50 ans chez les hommes et 40 ans chez les femmes) ou encore la présence d’un traumatisme passé au genou (par exemple, une lésion méniscale/ligamentaire ou encore une fracture du fémur, tibia, péroné ou de la rotule).Il existe toutefois d’autres facteurs de risques sur lesquels il est possible d’intervenir afin de freiner la progression de l’arthrose. On peut maîtriser vos symptômes et ainsi accroître votre participation à vos activités quotidiennes et sportives. Les facteurs qu’on dit modifiables sont les suivants :

  • L’alignement de vos jambes, soit en varum (genoux orientés vers l’extérieur), soit en valgum (genoux orientés vers l’intérieur). Un mauvais alignement contribue à augmenter la pression sur des régions spécifiques du genou qui ne sont pas nécessairement aptes à recevoir cette pression.
  • Les mouvements en trois dimensions effectués par votre genou lors des différentes activités quotidiennes (la biomécanique du genou). Une mauvaise biomécanique relocalise les charges absorbées par le genou vers des régions du cartilage plus à risque de se détériorer.
  • Les impacts répétés sur les genoux; que ce soit en raison du travail ou du sport.
  • L’obésité (indice de masse corporelle (IMC) > 25; cliquer ici pour mesurer votre IMC).Un poids élevé augmente drastiquement la charge supportée par vos genoux.
  • La sédentarité. On assiste alors à une diminution du tonus musculaire et à une réduction de l’apport de sang et d’oxygène vers le cartilage, ce qui favorise la raideur musculaire et entretient la douleur.

Alors, qu’en est-il chez les coureurs? La littérature scientifique nous indique que le genou doit absorber entre 3 à 8 fois le poids du coureur à chaque impact au sol. Cependant, bien que les mises en charges répétées sur l’articulation soient considérées comme un facteur de risque de l’arthrose, il existe une controverse sur la prédisposition à développer de l’arthrose au genou chez les coureurs. En effet, on retrouve dans la littérature scientifique presque autant d’études en faveur que d’études en désaccord avec une augmentation de l’incidence d’arthrose du genou chez les coureurs. Il n’y a pas encore d’évidence scientifique qui permet d’expliquer clairement pourquoi certains coureurs développent de l’arthrose et d’autres non. Une certitude demeure cependant : une intervention ciblée sur l’ensemble des facteurs de risques mentionnés plus haut demeure le meilleur moyen de freiner la progression de l’arthrose.

Le site de la Société d’arthrite du Canada offre actuellement une gamme de renseignements et de conseils généraux vous permettant de vous familiariser avec l’arthrose et les moyens disponibles pour la traiter. Discutez-en par la suite avec votre médecin qui pourra ainsi vous guider vers les solutions les plus adaptées à votre situation. Rappelez-vous que vous devez vous impliquer activement dans votre plan de traitement afin d’améliorer le succès des interventions.

Par : Alexandre Fuentes, Ph. D. - Marc Therien, M. Sc - Dr Robert Pontbriand, M.D. - Diplômé en médecine sportive - Nathaly Gaudrault, Ph. D. - Université de Sherbrooke - École de réadaptation - Faculté de médecine et des sciences de la santé

 

Références :Image tirée de Mon Partenaire SantéCheng Y, et al. 2000.Spector TD et al. 1996.Chakravarty EF et al. 2008.Sohn RS and Micheli LJ 1985.Kujala UM et al. 1995.